Lévrier Sloughi - Le conte de Nirâne.

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"Lorsque je commandais au Sahara, j'avais un beau Sloughi qui m'avait ete offert par un chef de Grande tente Touareg et que les rebelles ont tué...".

A NIRÂNE, mon Sloughi.

Une brume légère entoure le fortin. Le jour est venu, mais le soleil tarde a paraître.
Tamanrasset est à cent kilomètres au sud-ouest. Des coyotes aboient dans le lointain. Le Tassili des Ajjers sommeille encore. Ses dunes, ses pierrailles vont bientôt devenir brûlantes.

Nirane sur son coussin, contemple son maître qui dort profondément. Ses yeux noirs suivent le mouvement de sa poitrine.

"Trois années, songe-t-il, que ce divin maître est le mien. Je suis né à quelques verstes de l’ermitage du Pere de Foucault. Ma maman une somptueuse Sloughi de grande lignée, au cœur de la nuit, me mit au monde le premier, puis vinrent successivement deux petites sœurs et enfin un frère cadet".

Les somptueux tapis d’Orient, qui couvraient le sol de la raima (tente, maison), furent son terrain de jeu favori durant les premières semaines de son existence. Sa maman leur donnait la tétée a des heures régulières, puis peu à peu elle ralentit ce rythme, car son lait diminuait. Vint le moment ou elle les laissait seuls plus fréquemment et ne rentrait que le soir, avant le coucher du soleil. Le maître de leur mère un homme de grande taille habille de vêtements amples de couleur indigo s’intéressait particulièrement à ce jeune Sloughi. Il pressentait dans le bel animal un être d’exception. Nirâne de lui-même d’instinct et de par son éducation, devenait peu a peu auprès de ses sœurs, de son frère et des autres Lévriers de la tribu, un chef de meute. Le Touareg, caïd de la tribu le traitait avec beaucoup d’égards et se montrait moins sévère avec lui, pourtant espiègle.

Mais il n’en fut rien de la sollicitude que le maître de sa maman avait pour lui, quand un après-midi, il s’accrocha aux tentures de soie qui entouraient les parois de la grande tente, que ses sœurs et son frère enchantés de sa facétie l’imitèrent et que brusquement tout s’écroula au grand dam de l’épouse du chef de tribu. C’est lui qu’on punit sévèrement pour ce méfait. Ses acolytes caches derrière les couffins se gardèrent bien de signaler leur présence. Il fut corrigé comme, il se doit pour un chef de meute. Le lendemain, son dos et ses fesses gardaient encore le cuisant souvenir de la cravache faite d’une queue de méhari. Il estima mériter cette juste punition, mais son corps resta endolori pendant quelques jours. Il savait qu’il ne recommencerait jamais pareille bêtise.

Par chance le maître de sa mère était un homme de bien et l’incident fut rapidement oublie, sauf pour sa chère maman qui estimait qu’un Sloughi de noble race ne doit pas se comporter comme un malandrin. Nirâne grandissait, son corps s’affermissait. Son intelligence devenait plus étendue, plus pénétrante. Le chef de tribu le regardait grandir, s’épanouir librement, sans aucune contrainte. Depuis sa naissance, la tribu des Targuis changeait fréquemment de place et de région. Il y eut le Mali, le Tanezrouft, le Tafilalet, le Tibesti, le Hoggar, le Ténéré, l’Adrar et depuis peu de temps les voici proches du Tassili des Ajjers.

Il aime cette région pleine de mystère. Il découvre ses secrets, de la même manière de celles qu’il vécu. Le Sahara est son domaine. Son fin museau s’oriente et hume d’est en ouest et du sud au nord, analysant les odeurs qui effleurent ses narines.

Portées parfois par les vents du sud, venues du lointain Niger, les senteurs parfumées franchissent les chaînes montagneuses du Hoggar, et viennent flatter sa truffe noire, pour disparaître ensuite dans la mouvance des dunes. Pleinement heureux de vivre, il aborde chaque jour qui se fait, avec joie et satisfaction.

Depuis la dernière nouvelle lune, «L’homme bleu», le maître de sa chère mère, dirige, admoneste, conseille et parfois s’emporte, contre les hommes et les femmes de sa tribu. Nirâne regarde étonné tous ces gens qui s’agitent fébrilement du lever au coucher du soleil. Qu’est-ce ? C’est la préparation de l'Aïd-el-Kébir. Le jeune Sloughi est surpris que cela soit si important pour les humains. Le «grand jour» arrive, au moment même où le jeune Lévrier du désert atteint son quatrième mois.

La vaste raïma, la tente du chef Touareg est décorée avec faste. De somptueux tapis ont été poses sur les autres. Ils couvrent toute la demeure seigneuriale mobile. Des grands couffins sont placés à gauche et à droite d’un immense divan, submergé de coussins de soie multicolores. Dans la première panière de grandes dimensions, la femme du chef a explique qu’il fallait qu’il y rester sagement. Le maître des lieux lui a dit avec un sourire mystérieux qu’une surprise l’attend. Il a obéi trop heureux de faire plaisir à la très belle maîtresse de son élégante et raffinée maman.

Tout est fin prêt. Les invites ne devraient pas tarder à arriver. Sur la crête dunes, les premiers méharis et leurs cavaliers se profilent. Pour les montures c’est aussi un moment inédit de retrouvailles et ils blatèrent bruyamment tout en accélérant le trot. La joie de se retrouver éclate dans une confusion générale bon enfant. Nirâne regagne son couffin, s’étend paresseusement et attend. Il sent son corps imprègne d’un doux bonheur et laisse ses pensées courir parmi le vallonnement des dunes. Sortant de sa somnolence, il aperçoit une silhouette sur le seuil de la raïma se découpant dans la lumière vive de l’extérieur. Le personnage vêtu de blanc, entre et s’avance vers le chef de tribu, assis nonchalamment parmi le monticule de coussins soyeux. Ses vêtements sont d’un aspect différent de ceux que le Lévrier voit habituellement. Il émane de son aspect un sentiment de confiance. Nirâne l’observe avec acuité. Ne sachant pourquoi, il se sent attiré vers lui. S’il osait, il quitterait sa panière pour le sentir, mais il sait le moment solennel et préfère s’abstenir. Plus il observe le visiteur, plus il sent en lui grandir un sentiment indéfinissable qui lui donne l’envie d’aboyer, mais il se tait. Deux autres personnages semblables à celui qu’il observe viennent d’entrer dans la tente. A l’extérieur la chaleur s’intensifie, et la fraîcheur à l’intérieur de la grande tente est appréciée de tous, bêtes et gens. Le groupe s’est assis en cercle sur les tapis, chacun calé par les nombreux coussins. Le jeune Lévrier écoute, mais les convives parlent un langage inconnu, il ne comprend pas. Enfin le maître de son élégante maman s’adresse en tamashek à celui que Nirâne regardait.

"Mon ami, dit-il, j’ai attendu avec impatience l'Aïd-el-Kébir, pour te recevoir avec faste, car je veux par ce geste te témoigner ma profonde affection, à toi l’officier qui est venu de l’autre continent. C’est un jour béni entre tous, déclare solennel, le visage grave, le chef Touareg. Notre amitié réciproque est dans notre coeur. Tu m’as sauve la vie, j’ai eu l’occasion peu après de sauver la tienne. Il me faut te remercier mille fois pour ton dévouement, ton aide généreuse et désintéressée. Quatre méharis blancs nés l’année dernière te sont réservés dans mon troupeau. Mais je veux en ce beau jour de fête sceller à jamais notre fraternité, par un présent hors du commun, et marquer d’une pierre indestructible les sentiments d’affection que je te porte. Vois ce jeune Sloughi à la robe sable, tel notre sublime Sahara, au regard révélant une vive intelligence, désormais il est à toi ! Il saura aimer l’homme valeureux que tu es. Par delà les temps, il te témoignera chaque jour, ou tu seras, par sa présence affectueuse et vigilante l’amour qu’il porte dans son cœur à son maître. Et aussi, tu auras près de toi, le plus fidèle ambassadeur qui soit, pour t’affirmer chaque jour la profonde amitié que j’ai pour toi. Que Dieu te bénisse Capitaine !".

Le Sloughi contemplant son maître assoupi, se souvient avec une douce joie de ce jour béni, extraordinaire, où Dieu dans sa grande bonté, par l’intermédiaire du chef Touareg, lui donna un maître et un compagnon incomparable, tel qu’il en rêvait lorsqu’il était chiot. Il le regarde dormir et sent en lui pour cet homme une immense tendresse, un amour sans cesse grandissant.

S’il le pouvait, il aboierait vigoureusement pour que tous connaissent son bonheur.


Cagnes sur Mer, 31 août 2007 - Gherard Pichon, auteur.
ISBN 978-2-916990-01-9A

Yakta oul ouidiane fi nirane
يقطع الوديآن في نيرآن
Il franchira les océans


GALGOS de-ci, de-là...

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